Par Godefroy Jordan, cofondateur de SmartHab

En 2017, les principaux candidats à l’élection présidentielle militaient pour la mise en place d’un grand plan de rénovation énergétique des logements, reconnaissant l’urgence d’en finir avec les « passoires énergétiques », ces logements mal isolés qui laissent passer le froid en hiver et la chaleur en été.

Le sujet n’est pas passé à la trappe malgré les turbulences politiques qui ont marqué le début du quinquennat. La récente loi Énergie-climat de 2019 a ainsi fixé un terme (2028) pour la rénovation des logements en classe énergétique F ou G. Mais bon an mal an, le volume de logements rénovés reste en-deçà des ambitions affichées ou votées depuis 2017.

La rénovation énergétique, pour une relance économique vertueuse

Le choc économique créé par la pandémie Covid-19 vient bousculer cet agenda. La rénovation énergétique des logements est au cœur des différents plans de relances nationaux et européens post Covid-19, figurant notamment comme un axe majeur du Green Deal de la Commission européenne, dont l’enveloppe pourrait atteindre 1000 milliards d’euros.

On constate la même prise de conscience au plan national. Le 9 avril, la convention citoyenne pour le climat a choisi le thème de la rénovation énergétique dans ses premières adresses au gouvernement. Le sujet vient également en tête des 18 recommandations formulées récemment par le Haut conseil pour le climat. Il mobilise aussi les professionnels, à l’instar de “l’Initiative Rénovons !”.

Ces différentes plateformes convergent vers un objectif de doublement, voire de triplement des chantiers, pour atteindre 500 000 logements rénovés par an.

Ce plan de réhabilitation du parc résidentiel est aussi utile pour la transition écologique que nécessaire pour redynamiser l’économie française. L’impact environnemental n’est plus à démontrer, compte tenu du fait que le parc de logements représente 30% des émissions de CO2. Le levier macro-économique est quant à lui puissant, efficace et générateur d’emplois non délocalisables.

Pour parfaire ces futurs dispositifs, il est indispensable d’y associer systématiquement un volet numérique.

Le numérique, composante indispensable de la rénovation énergétique

La rénovation énergétique est entendue comme une somme d’interventions sur le bâti, visant d’une part à améliorer l’isolation thermique, en modernisant les menuiseries, la façade, plancher bas et toiture, d’autre part à optimiser les systèmes de chauffage et de ventilation. Entendue comme telle, cette approche fait l’impasse sur les solutions numériques, destinées à compléter, renforcer et améliorer les interventions physiques.

Pourtant, les solutions permettant de faire entrer nos logements dans l’âge numérique foisonnent et sont opérationnelles. « Smart Building » (immeubles intelligents), « Smart Metering » (comptage connecté), « Smart Home » (domotique numérique)… sont des technologies mûres et largement testées depuis cinq ans par les maîtres d’ouvrage et les bailleurs.

La digitalisation des logements permet à la fois aux résidents de réduire leur consommation énergétique et aux gestionnaires d’optimiser les performances des systèmes tout en simplifiant leur maintenance.

Déployer des systèmes « Smart » facilite également l’accès à de nouveaux services et à de nouveaux usages. De son Smartphone, on peut optimiser sa consommation de fluides de son appartement, connaître le niveau de charge de son véhicule électrique garé sur une place de stationnement partagée et programmer ou automatiser de nombreuses tâches.

Qu’ils soient neufs ou anciens, en cours de construction ou en voie de réhabilitation, tous les logements doivent désormais intégrer les réseaux et les équipements qui leur permettent d’être connectés. L’ajout de solutions numériques dédiées à la gestion du chauffage et pouvant induire 20% d’économies d’énergie ne représente qu’un faible surcoût (1% à 5% de l’enveloppe de travaux).

Pour que la transition énergétique et écologique du parc immobilier français se double d’une transition numérique, dans le contexte des futurs plans de relance, il est urgent de lever plusieurs blocages importants.

L’urgence d’étendre les Certificats d’Économies d’Énergie (CEE) pour une approche globale de la performance énergétique

Le premier blocage est lié à l’organisation du secteur. Les solutions « Smart » sont développées par des startups de la Proptech qui n’ont pas été identifiées par les donneurs d’ordre. Il revient donc aux entreprises de travaux d’installation d’équipements sanitaires et thermiques de rapidement initier des partenariats avec les startups et des projets d’open innovation.

Le deuxième blocage est lié au dispositif des Certificats d’Économies d’Énergie (CEE), à savoir l’obligation de réalisation d’économies d’énergie imposée par les pouvoirs publics aux vendeurs d’énergie. Les objectifs initiaux de la 4ème période du dispositif des CEE (2018-2021) semblaient inatteignables avant le crise Covid-19. La relance massive des chantiers de rénovation énergétique des logements peut constituer un gisement important pour mobiliser les subventions CEE disponibles (5 Mds d’euros au moins).

Mais ici encore, le numérique est exclu de fait de ce gisement de financements.  La liste des 195 fiches opérations standardisées par l’ADEME et éligibles à un financement CEE ne recense que 5 opérations ouvertes avec des solutions connectées ou numériques ! Une ouverture aux solutions numériques et aux objets connectés s’impose d’urgence.

Le dernier point de blocage relève du maillon des normes et des certifications appliquées au secteur du bâtiment. Les agences publiques qui l’encadrent manquent de ressources pour développer une approche globale, incluant systématiquement le numérique. Leur expertise, orientée processus et matériel, est un goulot d’étranglement face au foisonnement de solutions logicielles.

L’acteur clef en la matière, le CSTB, est certes engagé depuis 2016 dans une rénovation globale de son système d’information, portée par le développement et le renforcement de sa DSI. Mais cette politique de rattrapage est centrée sur les outils informatiques internes et des applications de numérisation du patrimoine (BIM et dossier des ouvrages exécutés numérique). Des moyens doivent être engagés immédiatement pour inclure les solutions numériques dans les méthodes d’études et d’attribution des certificats. Des partenariats privés et publics pourraient contribuer à aller plus vite, en fédérant des acteurs experts prêts à apporter des compétences : associations (SBA, French Proptech), agences publiques nationales d’autres Etats de l’UE plus avancées et entreprises du secteur privé.

Le numérique est une opportunité d’accélérer et de renforcer le futur plan de réhabilitation des logements associé à la relance économique post Covid-19. C’est pourquoi il doit être pensé dans une logique double, énergétique et numérique. En associant les impératifs et les bénéfices de ces deux transitions, il permettra au secteur de l’immobilier résidentiel de devenir écologique et digital.